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"Individu, société, et espèce, sont non seulement inséparables mais coproducteurs l'un de l'autre ...au sein de cette triade complexe émerge la conscience"

Edgar Morin

 

Pour mieux tenir son avenir professionnel entre ses mains, les questions semblent plus importantes que les réponses. En tout cas, c'est ma conception. Il m'est plus facile de vivre en me disant que mon opinion a autant de valeur que celle de l'autre, ni plus ni moins. Quand je sais que je ne sais rien, la vie devient un long fleuve tranquille.

 

Qui peut jouir du progrès aujourd'hui ? Uniquement ceux qui sont en entreprise ?

 

Le plaisir et l'entreprise, un curieux couple, une association que tous n'arrivent pas à faire. Faudrait-il s'interroger sur l'histoire de l'entreprise ou commencer par définir ce qu'est un travail ?

 

Depuis l'aube de l'humanité, nous avons toujours travaillé. Toutefois, l'accélération de la vitesse des changements en laisse plus d'un au bord de la route. Pour les astrophysiciens, voir plus loin, c'est aller voir dans le passé. Crok Intérim vous propose de plonger dans le passé pour mieux comprendre notre présent et entrevoir les conditions d'un avenir heureux au travail.

 

Vous avez demandé un travail ? Ne quittez pas !

Les latinistes nommaient le travail : "Tripalium", un instrument de supplice fait de 3 pieux. Un dispositif de contention utilisé pour aider à la délivrance des animaux, utile au ferrage, au marquage au fer rouge.

Pour d'autres, le travail est un labeur (laborare), il s'agit autant de mettre en valeur, de cultiver que de se donner du mal.

Au 16e siècle, travailler à consister plutôt à faire un ouvrage et à rendre plus utilisable une matière : l'ouvrage intellectuel a été travaillé pour le rendre utile, pour lui conférer une valeur d'usage. J'en imagine déjà certains faire un lien avec le terme à la mode en 2010 : la création de valeur.

Mais que penser de ceux qui définissent le travail comme un apport d'énergie dans un système et de fait réduisent le champ des possibles ?

 

Définir un travail n'est pas une chose aisée. Entre ceux qui font un travail manuel et ceux qui ont un travail intellectuel, il faudra aussi s'interroger sur la valeur travail, la valeur marchande et la valeur d'usage.

 

Combien ai-je déjà perdu de lectrices ou de lecteurs qui peinent à suivre ? Je suis chagrin comme le minier à vouloir philosopher sur le travail.

 

Pour me libérer de ce chagrin à travailler à mieux travailler, je vais devoir entrer dans la caverne et allumer la bougie.

 

Me voilà Entreprise, toi qui est née lors d'une révolution, il y a deux siècles. Une époque où mes ancêtres ouvriers étaient autonomes dans leurs taches, où les contrôles étaient peu présents,  où la caisse enregistreuse (1879) n'avait pas encore fait son apparition et n'avait pas participé à la naissance du taylorisme puis du fordisme.  Une époque où personne n'était dépossédé de son travail par des taches fragmentées, une hyperspécialisation et ce fameux salaire au rendement. Enfin, je crois, je m'autorise à avoir tort, à me tromper. Je sais toujours que je ne sais rien.

 

Nous voilà presque à mon époque mais auparavant, il est important que j'évoque une génération d'ancêtres: mes grands-parents. Ils ont connu les trente glorieuses, cette époque de revendications et de remise en cause. Ils voulaient que mes parents et leurs enfants vivent mieux (me voilà né). Ils ne voulaient plus de cette morale laudative qui chante uniquement les louanges d'un monde du travail merveilleux. Ils commençaient à entrevoir le besoin d'un management éthique, les nouveaux outils de communication servent aussi à in-former.

 

Les travailleurs avaient passé leur vie à s'adapter, il était temps que l'entreprise fasse aussi son travail et s'adapte à son tour au monde d'aujourd'hui. La société de la connaissance considére la crise de 2008 comme un moteur de progrès pour l'humanité, à condition que l'échec des différentes politiques soit utilisé comme source d'apprentissage et non comme un accident de parcours. Parce que si nous n'avions pas été en crise, qu'est-ce que nous n'aurions pas appris ?

Il me semblait que l'entreprise était beaucoup plus résistante au changement que l'individu, ce qui me parait de plus en plus évident en l'écrivant. L'entreprise n'est qu'une somme de résistants au changement.

 

Comme tout organisme vivant avec au moins un cerveau reptilien, l'entreprise savait que l'adaptation et de nouvelles organisations étaient indispensables à sa survie.

Avec son cerveau paléo-limbique, l'entreprise savait qu'elle avait besoin de se rassembler, d'assurer la défense de ses salariés qui se mettaient à son service même si les rapports de force étaient naturels.

Avec son cerveau neo-limbique, l'entreprise découvrait qu'elle suscitait et qu'elle ressentait des émotions, elle commençait à prendre conscience, il ne lui restait plus qu'à utiliser son dernier cerveau le préfrontal comme le font tous les humains salariés ou non qu'elle allait devoir se montrer encore plus intelligente et quitter ses schémas automatiques. (Routine, rigidité, simplification, certitude, empirisme, image sociale), que la seule rémunération n'était pas un facteur de motivation pérenne. A éduquer les équipes commerciales à seulement gagner plus, ils se vendaient aux concurrents, ses prédateurs. Mais comme moi, ses croyances perduraient et la bascule était un exercice pas toujours évident même si les rapports d’activité avaient le même rôle d’information que mon stress à moi.

 

Entre la quasi-perfection des mécanismes, la formalisation des savoirs, l'uniformisation des méthodes, bref, la volonté de maîtriser toutes les variables et d'éliminer tous les inconstants, comme il m'est aussi confortable de le faire, l'entreprise confortablement installée dans son cerveau gauche oubliait le principe d'incertitude d'Heisenberg ou pour gouverner, il ne suffit pas de prévoir, il faut aussi savoir improviser. Une question d'organisation et de sens des priorités. Contrairement à moi, elle allait devoir utiliser davantage son cerveau droit et devoir se mettre à penser autrement (Curiosité, adaptation, nuance, relativité, réflexion et affirmer sa différence).

 

Certaines entreprises l'avaient déjà intégré et commençaient ou terminaient, pour les plus avant-gardistes, à in-former le management que de nouvelles techniques étaient à leur disposition. Entre la reconnaissance des individus, un soutien de proximité, une cohésion d'équipe augmentée, un management plus affectif et plus intelligent émergeait.

 

Nos grands-parents nous l'avaient dit d'abord la santé ensuite un travail, après tu pourras te marier, voir tes amis et être pleinement heureux. L’argent ça va ça vient.

 

Pour cela, la détection des signaux faibles, ces divergences d'avis qui veulent participer à la réussite collective ne devaient plus être jugées. A défaut, les managers pouvaient être considérés comme des êtres insensibles où la banalisation des techniques de harcèlement devenait des actes consciemment inconscients. A leur décharge, les formations sur comment faire auto-évaluer un collaborateur, les informaticiens et leur développement de solutions de contrôle à distance, les open-space rationnalisés, participaient activement à une compétition permanente, à un stress permanent, où il n'est pas rare d'entendre qu'il est nécessaire d'éliminer tous ses concurrents directs, où finalement l'entreprise participe à réduire l'Homme à un animal sans culpabilité.

 

A vouloir être seulement plus productive, l'entreprise offre téléphone et ordinateur portable ne permettant pas aux jeunes recrues d'établir une frontière salutaire entre vie privée, vie professionnelle et vie familiale.

 

Le travail, c'est la santé disaient mes grands-parents, alors pourquoi le nombre d'avocats devient plus important que le nombre de médecins dans les relations avec l'entreprise ?

 

Le zéro défaut est une utopie et nous savons tous que la mise en place d'une utopie est dévastatrice pour les relations démocratiques. Comme pourrait dire Yahvé, n'oublions pas.

 

Tout système porte en lui ses faiblesses, devrons-nous attendre que la génération G (G pour générosité) prennent le pouvoir pour vivre mieux ?

 

Ce soir, c'est feux d'artifices, une fête de communion, de bonheur et d'espoir où nos yeux d'enfant vont réapparaitre.

 

Alors chère entreprise, vous dansez mademoiselle ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Mercredi 14 juillet 2010 3 14 /07 /Juil /2010 08:21
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