Publié dans : Conseil 7H99

Les neurosciences sont souvent réduites à l'imagerie cérébrale quand elles ne sont pas présentées sous l'angle des neurosciences cognitives. Cette branche de la biologie, apparue dans les années 60, évolue aujourd'hui sur un terrain interdisciplinaire.

Cerveau-droit

Il s'agit d'une très jeune science très prometteuse. Simplement, la découverte des structures ADN de différentes espèces comme l'Homme ou le chat., nous permet de savoir comment écrire le mot C H A T mais ne nous explique pas pourquoi il miaule pour paraphraser Edgar Morin dans l'un de ses ouvrages sur la théorie des systèmes complexes.

Actuellement, beaucoup de personnes s'interrogent sur le "Comment apprendre au 21e siècle ?" Des éclairages du philosophe Michel Serres sur cette nouvelle génération des digitales natives avec les conséquences des fractures numériques de premier et second ordre aux analyses de la psychologie cognitive des chercheurs et professeurs Amadieu et Tricot de l'université de Toulouse lors du cycle de conférences de la Sorbonne Nouvelle sur les TICE dont la promesse intéresse tout lemonde sur le "Comment mieux faire réussir les étudiants ?", nous ne pouvions oublier les neurosciences.

Stanislas Dehaene est professeur au Collège de France et membre de l'académie des sciences, il compte parmi les neuroscientifiques les plus reconnus. Il vient de publier un ouvrage très instructif sur les neurones de la lecture.

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Lors d'une interview publiée sur Mondeo, il répond aux questions suivantes :

Entre le moment où je perçois un mot et celui où je le reconnais, que se passe-t-il ?

Comment l’apprentissage de la lecture se traduit-il dans le cerveau ?

Comment expliquez-vous que le cerveau humain s’adapte si bien à la lecture ? Est-il “programmé” pour transformer, rapidement et efficacement, l’enfant en bon lecteur ?

Comment l’écriture s’est-elle adaptée à la structure du cerveau ?

De façon surprenante, la perception des mots écrits sollicite toujours cette zone, chez tout le monde et dans toutes les cultures.

 Quelles sont les applications pédagogiques de ces découvertes ?

"Elles permettent de mieux comprendre les difficultés dans l’acquisition de la ­lecture. Prenons l’exemple des erreurs en miroir que les enfants commettent fréquemment au début de l’apprentissage. Dans le cadre théorique du recyclage neuronal, ce phénomène devient moins mystérieux. La perception en miroir fait partie des compétences du système visuel des primates. Elle facilite la reconnaissance des objets sans tenir compte de leur orientation. Chez l’enfant, cette compétence spontanée se traduit par l’inversion des lettres, dans leur forme et leur progression de la gauche vers la droite. L’enfant doit désapprendre cette aptitude. Il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter des erreurs d’écriture et de lecture en miroir, sauf si elles ne disparaissent pas en l’espace de quelques années. Les principales pistes d’application de la véritable science de la lecture qui est train d’émerger concernent les méthodes d’enseignements, qui doivent faciliter le processus de recyclage neuronal, et donc la spécialisation cérébrale. Des erreurs peuvent être corrigées. Ainsi la forme globale des mots n’intervient à aucun moment de la reconnaissance de l’écrit. Les exercices relevant de la méthode globale ou semi-globale n’ont pas lieu d’être car ils attirent l’attention de l’enfant vers le mauvais niveau de traitement – un de nos collègues a montré qu’ils activent la mauvaise région cérébrale, dans l’hémisphère droit ! Les exercices efficaces attirent l’attention sur les unités graphiques des mots, les lettres, les graphèmes complexes (comme « oi »), les préfixes, les suffixes, et favorisent leur mise en correspondance phonologique et lexicale. Ils permettent de rendre l’enfant-lecteur rapidement autonome. Lorsqu’il sait décoder des lettres et des sons, il peut entrer dans un processus d’auto-apprentissage, en identifiant de nouveaux mots à partir de ses connaissances et en automatisant le lien entre la reconnaissance du mot et l’accès à son sens. Les études en pédagogie le confirment : apprendre les correspondances graphèmes-phonèmes permet de gagner en efficacité et en gain de temps, par opposition à des méthodes idéo-visuelles qui se contentent d’exposer des correspondances entre le mot tout entier et une image, une signification. Il faut enseigner de manière structurée, en commençant avec les correspondances les plus simples avant de progresser vers les plus complexes. Mais ces idées simples laissent énormément de place à la créativité de l’enseignant : décomposer les mots connus (méthode analytique), assembler des lettres (méthode synthétique), colorier, déplacer, découper, écrire ou tracer du doigt les composants des mots sont autant de possibilités ouvertes."


Quel message souhaitez-vous faire passer aux enseignants ?

"Les neurosciences confirment que tout lecteur dispose de la même architecture cérébrale. Il faut donc renoncer à l’idée pédagogique, pourtant généreuse, selon laquelle on devrait adapter la méthode d’apprentissage en fonction de chaque enfant. Les choses sont plus simples : certaines méthodes sont mieux adaptées que d’autres à la structure du système nerveux. L’effort d’apprentissage doit être important, grâce à des méthodes qui insistent sur la morphologie des mots, sur l’enrichissement du vocabulaire, sur la discrimination des phonèmes avant même la lecture. Mais de nombreuses inconnues demeurent. Par exemple, le fait de toucher les lettres, d’en tracer les contours avec le doigt, semble avoir un impact très positif sur l’apprentissage de la lecture. On ne sait pas encore l’expliquer. Peut-être le geste permet de désambiguïser des lettres visuelles proches (b et d). Le tracé des lettres est utilisé depuis des décennies par certains enseignants, par exemple dans la méthode Montessori. Les chercheurs ont donc beaucoup à apprendre des pédagogues, et inversement."

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Tant les réponses aux premières questions sont particulièrement instructives et enrichissantes, tant dans les deux dernières, nous ne savons si c'est par péché d'orgueil ou simplissme, les réponses font flipper tant elles pourraient amener l'éducation et la formation à commettre un crime societal.

 

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Explications !

Nous sommes ici, in fine sous le prisme pédagogique de Piaget avec le concept surrané de l'enfant moyen. Ce qui amène à une éducation de masse où les plus brillants comme les plus faibles ont des probabilités de décrochage scolaire non négligeables. Toutefois, le danger ne réside pas uniquement là.

Si vous relisez attentivement son conseil aux enseignants : "Il faut donc renoncer à l’idée pédagogique, pourtant généreuse, selon laquelle on devrait adapter la méthode d’apprentissage en fonction de chaque enfant." et que vous la reliez avec sa réponse : "Chez l’enfant, cette compétence spontanée se traduit par l’inversion des lettres, dans leur forme et leur progression de la gauche vers la droite. L’enfant doit désapprendre cette aptitude. Il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter des erreurs d’écriture et de lecture en miroir, sauf si elles ne disparaissent pas en l’espace de quelques années." Nous sommes là dans une erreur magistrale.


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Imaginons un instant que l'enfant en question soit dyspraxique, dyslexique ou dysphasique, bref, qu'il appartienne à la famille très hétérogène des #Dys, si nous suivons ses recommandations, aucune détection et prise en charge ne seront réalisées avant quelques années. Une production de déchets éducatifs comme le disent certains professeurs en salle des profs.

Ce qui amène, d'après la dernière étude du sociologue et enseignant chercheur Philippe Liotard de l'université de Lyon que vous pouvez lire sur la plateforme Ecole2demain.org , à renforcer la culpabilité des enfants et des parents en raison de la faiblesse dans l'apprentissage.

Que les neurosciences permettent de préciser l'efficacité d'une pédagogie dont acte mais que certains neuroscientifiques aillent sur des terrains aussi sensibles que l'éducation tout en restant dans leur tour d'ivoire et sans travailler avec les autres chercheurs, enfants, personnels educatifs ou formatifs est une aberration scientifique étonnante ! Etre dans la doxa d'une suprématie d'un tropisme d'une matière scientifique présente, à notre sens, les mêmes dangers que l'ignorance.De l'humilité aurait été plus sérieuse.

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Pour conclure, les apports des neurosciences sont intéressantes car elles permettent de valider les mécanismes neurologiques de l'apprentissage pour autant n'oublions pas le barnum actuel sur les théories de l'évolution où de nombreux chercheurs souhaitent que le darwinisme soit complété par les impacts épigénétiques, culturels et environnementaux pour une meilleure analyse et compréhension ainsi que de permettre aux recherches d'être mieux orientées. De réunir des communautés (Elaboration des connaissances, connaissances, pratiques et recherches) où chacun est au même plan et non sur une estrade à faire un cours magistral ! Les diverses expériences pédagogiques menées, par exemple par la Khan Academy, montrent tous les avantages sur comment apprendre autrement avec une pédagogie différenciée. Une illustration de la construction d'un savoir à co-construire ses savoirs et une vidéo sur Les sciences du cerveau nous aident-elles à apprendre ?

construire ses savoirs

socioconstructivisme apprendre en societe

TIC & MOI

 

MAJ : David Herbert apporte un éclairage tout à fait pertinent sur les propos de Lionel Naccache que vous pouvez consulter sur son blof P@reils dans l'article Apprendre un texte...au coeur de la pédagogie ?
Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 12:39
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